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Saint-Didier, FranceSur Whoppah depuis janvier 2022 • 8 ventes
Rare estampe signée à la main et numérotée par l’artiste surréaliste Leonor Fini, dont l’œuvre bénéficie aujourd’hui d’un intérêt croissant dans le contexte de la redécouverte des artistes femmes. Cette rare lithographie originale représente deux femmes au buste dénudé, dans une atmosphère orientaliste évoquant les Mille et Une Nuits. Dimensions : 73 × 53 cm. Bon état général pour son âge, avec quelques légères marques sur le papier qui devraient devenir peu visibles une fois l’œuvre encadrée.
Leonor Fini est considérée comme l’une des artistes femmes les plus importantes du milieu du XXe siècle, aux côtés de Leonora Carrington, Frida Kahlo, Meret Oppenheim, Remedios Varo et Dorothea Tanning, dont elle connaissait personnellement la plupart. Sa carrière, qui s’est étendue sur près de six décennies, a couvert de nombreux domaines : peinture, arts graphiques, illustration de livres, design d’objets — notamment le célèbre flacon de parfum en forme de buste créé pour Shocking d’Elsa Schiaparelli — ainsi que la création de décors et de costumes pour le théâtre, le ballet, l’opéra et le cinéma.
Dans une biographie particulièrement vivante et très documentée, l’auteur Peter Webb restitue avec force l’art provocateur de Leonor Fini, sa vie personnelle hors normes, ainsi que le monde foisonnant des avant-gardes dans lequel elle évolua.
Née à Buenos Aires en 1907, le 30 août, de parents italien et argentin, Leonor Fini grandit à Trieste, en Italie, élevée par sa mère Malvina, femme indépendante au caractère affirmé. Elle fut en grande partie autodidacte : elle étudia notamment l’anatomie en observant des cadavres à la morgue locale et assimila les principes de composition et de technique des maîtres anciens grâce aux livres et aux musées.
Ses premières expériences de peinture à Trieste la conduisirent à Milan, où elle participa à sa première exposition collective en 1929, puis à Paris en 1931. Sa personnalité vive et son goût pour les tenues flamboyantes lui valurent rapidement une place singulière sur la scène artistique parisienne. Elle se lia bientôt avec plusieurs figures majeures du surréalisme, notamment Paul Éluard, Salvador Dalí, Man Ray et Max Ernst, qui fut également son amant pendant un temps. Le seul surréaliste qu’elle disait ne pouvoir supporter était André Breton, en raison de sa misogynie. Bien qu’elle ait souvent exposé avec les surréalistes, elle ne se considéra jamais elle-même comme surréaliste.
Le marchand américain Julien Levy, impressionné par sa peinture et séduit par son excentricité, l’invita à New York en 1936. Elle y participa à une exposition commune avec Max Ernst et y rencontra de nombreux artistes liés au surréalisme américain, parmi lesquels Joseph Cornell et Pavel Tchelitchew. Son travail fut également présenté dans l’exposition historique du MoMA Fantastic Art, Dada and Surrealism, aux côtés de Giorgio de Chirico, Salvador Dalí, Max Ernst et Yves Tanguy.
En 1939, à Paris, elle organisa une exposition de mobilier surréaliste pour son ami d’enfance Leo Castelli, à l’occasion de l’ouverture de sa première galerie. Les textes d’introduction de ses catalogues d’exposition furent notamment écrits par De Chirico, Ernst et Jean Cocteau.
L’un des thèmes centraux de l’œuvre de Fini est la complexité des rapports entre les sexes, et plus particulièrement l’opposition entre une figure féminine dominante et un homme passif, souvent androgyne. Dans nombre de ses œuvres les plus fortes, la femme prend la forme d’un sphinx, parfois doté des traits de l’artiste elle-même.
Leonor Fini fut également une portraitiste accomplie. Parmi ses modèles figurent Stanislao Lepri et Constantin Jelenski — deux de ses compagnons de longue date, avec lesquels elle vécut simultanément, entourée de nombreux chats — ainsi que son ami l’écrivain Jean Genet, les actrices Brigitte Bardot, María Félix, Maria Casarès, Anna Magnani, Alida Valli et Suzanne Flon, la danseuse Margot Fonteyn, le cinéaste Luchino Visconti, les artistes Meret Oppenheim et Leonora Carrington, ainsi que les personnalités mondaines Francesca Ruspoli et Hélène Rochas.
Son intérêt pour la scène et le cinéma était sans doute lié à son goût pour les masques extravagants, les costumes sophistiqués et les univers théâtraux et fantastiques. Elle réalisa des décors, costumes et affiches pour de nombreuses productions prestigieuses, notamment pour l’Opéra de Paris et le Metropolitan Opera, pour Le Palais de Cristal de George Balanchine, aujourd’hui connu sous le titre Symphony in C, Les Demoiselles de la Nuit de Jean Anouilh, Roméo et Juliette de Renato Castellani, Tannhäuser de Wagner, Bérénice de Racine, Les Bonnes et Le Balcon de Jean Genet, Huit et Demi de Federico Fellini, ainsi que A Walk with Love and Death de John Huston, premier film d’Anjelica Huston.
Talentueuse, glamour et controversée, Leonor Fini fut elle-même une source d’inspiration pour de nombreux artistes de son entourage. Elle fut fréquemment photographiée ou évoquée par des poètes et photographes tels que Charles Henri Ford, Paul Éluard, Georges Hugnet, Erwin Blumenfeld, Dora Maar, Man Ray, George Platt Lynes, Lee Miller, Horst P. Horst, Brassaï, Cecil Beaton et Henri Cartier-Bresson.
Mouvement & Style : Surréalisme